LA FORMATION A L‘ECOLE INTER-ETATS DES SCIENCES ET MEDECINE VETERINAIRES (EISMV): NOUVELLE APPROCHE

Publié le par Jean Marc

Livestock Community and Environment. Proceedings of the 10th Conference of the Association of Institutions for Tropical Veterinary Medicine, Copenhagen, Denmark, 2001

 

 

 

LA FORMATION A L‘ECOLE INTER-ETATS DES SCIENCES ET MEDECINE VETERINAIRES (EISMV): NOUVELLE APPROCHE

 

 

Abiola, A.F. et Yalacé, K.

 

 

Ecole Inter-Etats des Scien. et Médecine Vetérinaires, P.O.Box 5077, Dakar, Senegal, E-mail: faabiola@eismv.refer.sn

 

 

Abstract

 

Since 1990, policies of adjustment used in country members of EISMV, forced their States to suspend or reduce the veterinary graduate recruitment in a context marked by the liberalisation of markets and the numerous functions and veterinary interventions on privatisation. Thus, graduates at universities are asked to be in charge themselves, either by creating jobs or by going to the private sector. It is necessary therefore that they are operational when they exit universities. It poses, of course, the problem of their training and its adequacy with the present situation. Thus, the professional insertion of graduates became a central question for EISMV, in order to answer to its missions of pole of training and veterinary appraisal, in the economic development service of its member states. Adjustments brought to maintain the quality of the formation and to reinforce the adequacy of veterinary jobs, are presented.

 

 

 

 

 

Resume

Depuis 1990, les politiques d’ajustement mises en œuvre dans les pays membres de l’EISMV, ont contraint leurs Etats à suspendre ou réduire le recrutement des diplômés vétérinaires, dans un contexte marqué par la libéralisation des marchés et la privatisation de nombreuses fonctions et interventions vétérinaires. Il est demandé aux diplômés des universités de se prendre en charge par eux-mêmes, soit en créant des emplois ou en allant dans le privé. Il faut donc qu’ils soient opérationnels dès leur sortie des universités. Ceci pose de fait, le problème de leur formation et son adéquation avec la situation actuelle.

 

 

 

Dès lors, l’insertion professionnelle de ses diplômés, est devenue une question centrale pour l’EISMV, afin de répondre à ses missions de pôle de formation et d’expertise vétérinaire, au service du développement économique de ses pays membres.

 

 

 

Les ajustements apportés par l’EISMV pour maintenir la qualité de la formation et pour renforcer l’adéquation formation/emploi vétérinaire, sont présentés.

 

 

 

Introduction

Le thème de l’exposé introductif qui m’a été proposé est: la formation vétérinaire nouvelle approche, mais en réalité, je vais parler de la formation vétérinaire pour les pays membres de l’Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires de Dakar. On peut donc retenir le titre suivant: la formation à l’Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires (EISMV): nouvelle approche.

 

 

 

La formation tout court, thème d’actualité, car il est de plus en plus évident que, la mondialisation de l’économie qui apparaît comme l’émergence d’un espace planétaire décloisonné, fait naître aussi de nouvelles inquiétudes et de nouvelles contraintes, particulièrement dans le domaine de l’éducation et de la formation des cadres. Selon LISK (1996), le concept de développement des capacités, désigne un processus exhaustif, offrant les ressources intellectuelles nécessaires à l’identification des contraintes d’une part, et à la planification et la gestion du développement de l’autre. Ce processus implique le développement et l’utilisation optimale des ressources humaines, la mise en place des institutions et la création d’une politique favorable. Le concept renvoie donc au développement des capacités humaines et institutionnelles, les deux n’étant pas mutuellement exclusives, au contraire. Aussi, la formation vétérinaire est-elle liée à l’importance qui est accordée ou disons le, à l’importance qui devait être accordée à la formation des cadres, pour disposer de ressources humaines compétentes, disponibles et valables.

 

 

 

Il n’y a pas longtemps, on avait fait dire que les pays africains, tout au moins ceux des pays membres de l’EISMV, n’avaient plus besoin de former des vétérinaires car clamait-on, il y en avait déjà assez. Heureusement que des voix comme les nôtres ont très tôt et immédiatement combattu cette idée pêchée on ne savait trop et pour quelle fin exactement comment. Aujourd’hui, on ne peut pas ne pas être plus satisfait de constater que, moins de dix ans seulement plus tard, on se rend compte que ceux là, qui agitaient cette idée, se sont trompés. L’EISMV a plié mais n’a pas rompu. De nombreux responsables de pays africains pensent même que l’une des principales contraintes au développement des productions animales dans leur pays à l’heure actuelle, c’est le manque évident de docteurs vétérinaires. Les objecteurs de conscience de l’époque avaient seulement confondu nous semble-t-il : adaptation de la formation à l’évolution du contexte socio-économique du moment et, excès de vétérinaires sur le marché du travail.

 

 

 

C’est vrai, ce n’est un secret pour personne et il faut le reconnaître, nombre de programmes de formations ont suffisamment montré actuellement leur limite. L’université dit-on, a cette charge de mettre sur le marché, des cadres qui doivent aider à résoudre des problèmes qui se posent à leur communauté pour améliorer un tout petit peu leur bien-être. Or que constate-t-on? Que des diplômés baptisés de diplômés sans emploi, constituent eux-mêmes un poids pour la société qui ne sait quoi en faire. On dira inadaptation de la formation aux besoins de la société et on posera le problème de l’adéquation de la formation et de l’emploi.

 

 

 

Les problèmes avant les indépendances et ceux après, ne sont forcément pas les mêmes. Il est évident que les programmes et la stratégie de formation ne devraient plus être les mêmes. L’a-t-on compris? Pas suffisamment tôt à notre avis; d’où des crises, qu’on peut qualifier de crises de maturations de la plupart de nos universités. L’enseignement supérieur traverse effectivement des crises profondes en Afrique en ce moment. C’est l’une des démonstrations d’une formation inadaptée. L’enseignement ne s’est pas rapidement adapté aux bouleversements socio-économiques qui ont suivi les premiers diplômés formés dans un contexte actuellement changé. Pourtant l’Afrique a besoin de former ses ressources humaines, de bien les former pour tenter de diminuer cette pauvreté quasi permanente.

 

 

 

Nous sommes actuellement dans un monde de la concurrence avec de la liberté de choix. Qui dit concurrence, dit compétence. Qui dit compétence, dit meilleure formation. C’est dire que nous allons évoluer dans un monde ou les ressources humaines de par leur qualité et leur niveau de compétence vont déterminer l’avenir de leur peuple. Que faire pour que la formation dispensée dans les pays africains ne fabrique pas des diplômés sans emploi. Toute une gageure! c’est ce que je vais essayer en partant de l’expérience de l’EISMV, de discuter avec vous pour introduire cette conférence.

 

 

 

Je le ferai en deux parties.

 

 

 

Après avoir brossé rapidement le concept socio-économique de la crise dans nos universités à la fin du 2ème millénaire, je vais vous entretenir à partir de l’exemple particulier de l’EISMV, des ajustements qui sont entrain d’être apportés pour essayer de nous sortir de l’impasse, tout au moins en matière de formation dans le domaine de productions animales.

 

 

 

Les crises dans les universites en Afrique

Depuis les années 1980, la plupart des pays d’Afrique ont mis en œuvre des réformes économiques en appliquant les politiques d’ajustement structurel (PAS) proposées par les institutions de Bretton Woods. Ces politiques sont perçues d’une part, comme le fait de mettre sur pied un ensemble cohérent de mesures visant à réduire les déséquilibres financiers et d’autre part, comme un ensemble de programmes financiers globaux ou sectoriels, visant à soutenir les points forts de l’économie dans le but final, de mettre un terme aux crises économiques et de favoriser l’ouverture de l’Afrique aux marchés mondiaux. Les résultats sont controversés mais somme toute, loin d’être éclatants, parce que l’Afrique n’a pas pu réaliser ses objectifs de développement à long terme, pour avoir une croissance durable lui permettant d’intégrer favorablement l’économie mondiale. C’est ce que constate la Banque mondiale en disant que «aucun pays africain n’a atteint une position macroéconomique saine et on est fortement préoccupé par le fait que les réformes entreprises jusqu’ici sont fragiles, et qu’elles ne font que ramener l’Afrique sur la trajectoire de croissance des années 70».

 

 

 

Le système de l’Education en Afrique est dans une crise profonde et complexe qui est expliquée en partie par la réduction des ressources financières publiques ne répondant plus aux exigences engendrées par l’évolution rapide des effectifs. Le rapport mondial sur l’Education signale que dans les pays en développement, les dépenses publiques par élève, tous niveaux confondus et par rapport au PIB, sont restées en général stable autour de 3,8 %, entre 1980 et 1997. Pendant ce temps, les effectifs scolaires, particulièrement ceux dans l’Enseignement supérieur, ont été multipliés par près de huit, les élèves sont devenus de plus en plus exigeants. Le processus de libération a favorisé dans certains pays, l’expansion de l’enseignement privé au détriment du système public, au nom de cette notion de rendement et de la responsabilité que le philosophe allemand Friedrich Nietzche voyait venir en disant que «dans les grands Etats, l’enseignement public sera toujours médiocre, de la même façon que dans les grandes cuisines, la nourriture est habituellement mauvaise». L’effet conjugué de ces évènements a contribué à la détérioration de la qualité et de la pertinence de la formation et de la recherche, et à l’aggravation du problème de chômage. A cela, il faut ajouter la réduction de la capacité de génération du savoir scientifique et technique. L’Afrique ne compte que 0,36 % des scientifiques du monde et sa production scientifique mondiale a été de 0,3 % en 1990, pendant que l’Amérique du Nord en fournit 38,4 %.

 

 

 

La capacité de l’Afrique à gérer la crise a été minée d’avantage, avec le découragement des fonctionnaires suite au fléchissement net des salaires réels et aux compressions massives. Le taux de croissance de l’emploi officiel est en chute libre passant de 2,8 % dans les années 1980 à 1 % au cours des années 1990. Les indicateurs du développement humain – espérance de vie, mortalité infantile et taux de scolarisation se sont également détériorés. L’indice de la pauvreté s’est accru de 4 à 10 points de pourcentage selon les pays».

 

 

 

Ainsi, l’Afrique est en mauvaise posture. Les PAS n’ont pas apporté la reprise et la croissance durable promise. Ceci a renforcé la déliquescence des systèmes de formation tous niveaux confondus : primaire, secondaire, supérieur, professionnel et technique. Pourtant, selon de nombreux observateurs, l’Afrique a la possibilité de s’en sortir, avec ses ressources immenses et mal exploitées, sa grande capacité agricole, sa faune et sa flore très diverses, ses populations sous-utilisées, ses traditions de solidarité et de coopération, et le soutien international sur lequel elle peut compter. Pour ce faire, le continent devra investir sur le capital humain, seule gage pour préparer les individus à un monde de travail où les tâches à effectuer seront en constante évolution.

 

 

 

Selon la Banque mondiale «il ne fait pas de doute que l’éducation a contribué de façon déterminante au succès des quatre économies d’Asie de l’Est qui ont enregistré la croissance la plus rapide: Corée du Sud, Hongkong, Singapour et Taïwan. Avant de s’engager sur la voie de l’industrialisation, ces pays avaient un taux de scolarisation beaucoup plus élevé que celui des autres pays en développement. Ils avaient également mis l’accent sur les hautes études scientifiques et techniques, ce qui les a rendus mieux à même d’importer des technologies de pointe».

 

 

 

L’instruction est par conséquent la clef du savoir que ce soit au niveau de l’individu ou de celui du pays. L’enseignement primaire et secondaire permet de mieux comprendre et interpréter l’information. L’enseignement supérieur et la formation professionnelle doivent venir le compléter pour préparer ceux qui entreront sur le marché du travail et à suivre les progrès de la science. Pour développer les connaissances, les pays du Nord investissent beaucoup de temps et d’argent dans la Recherche-développement. La création de connaissances nouvelles et leur adaptation aux conditions locales sont généralement liées au niveau élevé de l’enseignement et de la recherche. La recherche universitaire représente une grande partie de la recherche-développement des pays industrialisés et il en est de même, mais à moindre échelle, dans les pays en développement. La création de savoir sous forme de découvertes et d’inventions scientifiques nécessite des moyens financiers importants, des chercheurs de haut niveau et un sens des affaires suffisamment aigu pour devancer les concurrents, autant de facteurs qui sont souvent hors de portée des pays en développement comme l’Afrique. Même en restant dans le sillage des autres, un pays doit pouvoir compter sur une population active d’un niveau technique relativement élevé. Les raisons de penser que la nature des études supérieures influe sur la croissance économique ne manquent pas d’où la nécessité d’apporter quelques correctifs à l’existant.

 

 

 

La neccesite de faire des ajustements universitaires: Le cas de l’EISMV

C’est l’objet de la deuxième partie de mon exposé: Les défis engendrés par la crise ont obligé les universités africaines à entreprendre les réformes requises pour développer des structures dynamiques de formation capables de nous sortir de l’impasse actuelle. On se retrouve devant des choix extrêmement contradictoires; par exemple: la nécessité de produire beaucoup de cadres, alors que les quelques diplômés déjà produits sont confrontés au problème de chômage; le besoin d’élargir l’accès à l’enseignement supérieur au moment où on impose une sélection féroce à l’entrée à l’université; la nécessité de développer la recherche alors que le budget alloué à la recherche est largement insuffisant: la nécessité de développer la coopération sous-régionale alors que les pays ne s’acquittent pas des frais de scolarité de leurs ressortissants vis à vis des institutions inter-Etats».

 

 

 

La formation à l’EISMV

Comme on le voit, la formation vétérinaire ne peut pas être dissociée du contexte général de l’enseignement supérieur. L’Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires est née en 1968, de la volonté des Chefs d’Etats concernés, de mettre en commun leurs ressources humaines et financières: Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Mauritanie, Niger, Rwanda, Sénégal, Tchad et Togo.

 

 

 

De 1974 (année de sortie de la première promotion) aux années 1990, les diplômés sont pour la plupart, immédiatement recrutés et insérés dans les administrations publiques de leur pays d’origine; puis arrivèrent les PAS comme nous l’avons vu précédemment. L’Ecole connut alors des secousses plus ou moins importantes qui ont failli l’emporter surtout entre 1993 et 1994. Les nouveaux dirigeants de l’Ecole installés en juin 1994 ont tout de suite perçu que si l’EISMV voulait continuer son petit bonhomme de chemin, il lui fallait une meilleure adaptation à l’évolution du contexte socio-économique. On avait fini avec le temps où le public pouvait absorber les diplômés fournis. L’Ecole ne pouvait plus de contenter de «fabriquer» seulement des docteurs vétérinaires. Le Chef d’Etat d’un pays membre de l’EISMV nous a même confié un jour: «comment voulez-vous qu’on vous envoie des étudiants, alors que nous ne savons même pas ce qu’il faut faire de ceux que nous avions en ce moment chez nous. Les nouveaux diplômés ont peur d’aller s’installer pour leur propre compte. Ils préfèrent rester ici en ville, et ils viennent tout le temps nous demander de les embaucher alors que le pays manque de viandes. Qu’est-ce que vous leur apprenez dans les universités?»

 

 

 

Toute la problématique de l’adéquation formation/emploi qui a conduit à tant d’amalgames est ainsi posée.

 

 

 

Il y a des diplômés qu’on ne peut pas utiliser. Il y a du travail à faire dans les domaines supposés être de leur compétence. Il faut que les diplômés à la sortie des universités s’installent dans le privé, se prennent eux même en charge et créent des emplois; on veut donc qu’ils soient déjà opérationnels à leur sortie des universités.

 

 

 

Une première question majeure à résoudre: Quel mandat pour l’EISMV et pour résoudre quels problèmes?

 

 

 

L’EISMV est depuis lors, en quête d’une identité propre pour éviter qu’elle ne produise des inadaptés à la société. Il faut que les produits de notre établissement avec le bagage intellectuel et la formation professionnelle dispensée, puissent aider à promouvoir la sécurité alimentaire et à faire reculer la pauvreté dans les villes et campagnes.

 

 

 

La première volonté qui est de mettre à la disposition des pays, des docteurs vétérinaires, reste le mandat principal mais il ne peut plus suffire. Alors, en 1994, il fut décidé d’élargir ce mandat à la formation continue, à l’expertise, aux recyclages, bref, il fallait que l’EISMV mette ses compétences à la disposition des Etats membres en intervenant dans le développement. L’EISMV acceptait ainsi de s’ouvrir au milieu professionnel des productions animales et de la recherche/développement. Ce n’est plus seulement un couvent du savoir tout court pour les seuls universitaires ou autres académiciens, mais un lieu d’échanges des connaissances des problèmes du milieu et de la demande sociale.

 

 

 

La décision prise par les ministres de tutelle de l’EISMV d’aller en 1995 dans ce sens, devait calmer les ardeurs des opposants à ce nouveau concept de l’établissement. La question du mandat tranchée, il nous fallait nous imprégner plus des problèmes à résoudre. Encore, une fois, jusque là, on a fourni des cadres vétérinaires à l’administration; maintenant, il est demandé d’en donner au secteur privé. Les problèmes sont alors différents.

 

 

 

Trois opportunités nous seront offertes pour les cerner: un séminaire, la formation de nouveaux diplômés à l’installation en clientèle privée et la création de l’Union Inter-Africaine des Organisations Professionnelles d’Eleveurs (UIOPE).

 

 

 

La problématique du séminaire était simple. Vous voulez vous impliquer dans le développement. Savez-vous ce qui fait que les productions animales ne donnent pas entièrement satisfaction actuellement? Le thème du séminaire a donc été : étude des contraintes au développement des productions animales en Afrique subsaharienne. Il s’est tenu à Abidjan du 18 au 22 Février 1997.

 

 

 

Le Président de la République que j’ai cité plus haut n’avait pas tort. Les nouveaux diplômés avaient réellement peur d’aller s’installer pour leur propre compte n’étant pas préparés à cette éventualité. Il fallait tout de suite concevoir un programme de mise à niveau pour eux, complétant la formation qu’ils avaient reçue. Nous avons donc, deuxième opportunité, été approchés d’abord par le Tchad, pour proposer dans le cadre du projet Pan african rinder pest campain (PARC) un module de formation de 2 semaines, pour mettre plus en confiance les nouveaux diplômés, candidats à l’installation et qui ne savaient pas comment s’y prendre pour confectionner les dossiers de demande et de gestion de crédits, et pour faire une étude de marché leur permettant de s’installer pour faire quelque chose qui leur permette de gagner leur vie par leurs propres activités. Ceci a été un coup d’essai fructueux. Les demandes sont venues par la suite de nombreux autres pays y compris ceux qui n’étaient même pas membres de l’EISMV. Les débats avec les éleveurs devaient troisième opportunité, compléter notre vision par la perception qu’avaient ces derniers, de l’utilité du docteur vétérinaire dans une communauté. Tout ceci a permis aux dirigeants et enseignants de l’EISMV, une meilleure maîtrise de la demande dans la profession et nous a fait poser la question suivante?

 

 

 

C’est quoi le profil du vétérinaire dont les Etats membres de l’EISMV ont besoin aujourd’hui?

 

 

 

Les pères fondateurs de l’EISMV l’avaient prévu: le vétérinaire est un médecin-zootechnicien; la pathologie collective prime sur la pathologie individuelle;

la médecine préventive prévaut sur la médecine curative; l’animal et ses sous-produits ne doivent pas être une source de danger pour l’homme et de nuisance pour l’environnement.

 

 

 

Le socle donc de la formation, c’est la zootechnie. L’importance donnée à la zootechnie s’intègre fort bien à la directive énoncée en 1965 à Copenhague par les Experts de la 2ème réunion internationale FAO/OMS sur l’enseignement vétérinaire: «dans certains pays en voie de développement, il peut être souhaitable pour des raisons économiques, d’enseigner la totalité de la zootechnie dans le cadre du programme d’enseignement vétérinaire et aussi d’en confier la responsabilité sur le terrain aux vétérinaires».

 

 

 

On avait donc très tôt compris qu’il fallait à l’EISMV, mettre beaucoup plus d’accent sur les productions avec toutes ses disciplines connexes. Nous comprenons à cette étape qu’on ne peut pas, ne pas poser le problème de la différence entre les activités de la médecine vétérinaire selon les docteurs vétérinaires exerçant au Nord et ceux devant exercer au Sud. L’exigence actuelle de privatisation ne cesse de confirmer cette différence que nous aimons illustrer par cet exemple concret venu de nos propres enquêtes.

 

 

 

Dans un pays comme le Tchad par exemple, l’essentiel des activités de privatisation tournait autour du mandat sanitaire. Il s’agissait du transfert de responsabilité de l’Etat dans les vaccinations contre la peste bovine et la péripneumonie contagieuse bovine à des privés. Cela dans l’immédiat, avait apporté de l’argent, grâce au projet régional financé par l’Union Européenne : le projet PARC (pan africain rinder pest campain). Le suivi d’un de ces mandataires comme on les appelle, a permis de noter les gains suivants pour une année:

 

 

 

·        activités découlant du mandat sanitaire: 11 000 000 F CFA

·        autres vaccinations: 1 000 000 F CFA

·        cliniques et ventes des médicaments: 900 000 F CFA

 

 

 

Que deviendra ce privé lorsque les vaccinations du mandat sanitaire seront arrêtées?

 

 

 

Nous pensons à l’EISMV que les activités uniquement liées à la santé animale ne peuvent pas nourrir le vétérinaire dans les Etats membres de l’EISMV, du moins en ce moment. Fort de toutes ces observations irréfutables, le Conseil d’établissement, réuni les 10, 11 et 12 mai 1999 à Dakar, a retenu que le vétérinaire formé à l’EISMV doit être capable:

 

 

 

·        de développer les productions animales et les activités liées à la pêche, la faune sauvage et les industries de transformation alimentaire avec un minimum de risque sanitaire, tout en préservant l’environnement;

·        de maîtriser l’utilisation et la commercialisation des produits vétérinaires, les intrants zootechniques et autres outils de développement de la filière : communication, informatique, gestion, financement;

·        d’être capable de créer, de conduire et d’évaluer un projet de développement dans le domaine des productions animales, de la pêche, de la faune et des industries alimentaires.

 

 

 

Alors quel programme?

Il doit tenir compte de tout ce qui précède et permette aux étudiants d’obtenir certes un diplôme de Docteur vétérinaire, mais aussi d’être un homme utile pour la communauté par leur comportement et leur savoir-faire dans leur domaine de compétence.

 

 

 

Après la mise en œuvre de notre projet de renforcement de la professionnalisation, il a été retenu, la nécessité de procéder à un examen critique de la formation dispensée à partir des expériences concrètes vécues par des diplômés de l’EISMV, ayant pu exercer dans les principaux secteurs d’activités vétérinaires. Les travaux ont permis de dégager des éléments portant sur:

 

 

 

·        l’appréciation générale sur la qualité de la formation dispensée à l’EISMV;

·        les insuffisances relevées dans la formation dispensée;

·        les recommandations sur la qualité de la formation.

 

 

 

Ainsi, les rôles de la pratique vétérinaire, de l’informatique et d’une implication directe des étudiants dans des unités de production, des entreprises vétérinaires ou d’élevage ont été bien perçus, de même que la valorisation de la ferme d’application qui a été reconnue comme incontournable dans la stratégie à mettre en place pour le renforcement de la qualité de la formation, en adéquation avec les impératifs de diversification de la profession vétérinaire vers les productions animales, tout en consolidant les acquis en santé animale.

 

 

 

Avec qui le faire?

Avec des enseignants préoccupés par l’adaptation des programmes qu’ils enseignent au contexte évolutif du milieu dans lequel doit travailler le futur diplômé.

 

 

 

Avec les entreprises de la profession

L’Ecole a mis en place un stage dit interné qui permet à l’étudiant de vivre pendant un moment la vie d’une entreprise qu’il aura choisie. Ceci est extrêmement enrichissant pour nos étudiants qui demandent d’ailleurs d’en augmenter la durée.

 

 

 

Il faut donc des accords de partenariat avec les entreprises ayant des activités dans les domaines de médecine et des productions animales. Avec des organisations des professionnels d’éleveurs nous avons contribué à créer l’Union inter-africaine des professionnels d’éleveurs. Elles sont déjà positivement intervenues dans l’évaluation des programmes d’enseignement et dans le suivi des étudiants envoyés en stage (cas de la Guinée et de la Mauritanie en 2001). Ces contacts précoces des étudiants avec les éleveurs va leur permettre de mieux comprendre leur dialogue avec souvent beaucoup de non dit.

 

 

 

Avec des partenaires au développement

Là, les choses ne sont pas toujours faciles car il arrive que la vision ne soit pas les mêmes dans le choix des priorités à retenir. Quand on a le mandat, le profil de formation, le programme de formation, les enseignants qu’il faut, il reste les ressources financières.

 

 

 

Qui finance ou qui doit financer la formation dans les pays africains?

C’est vrai que nous prêchons que tout ne se ramène pas systématiquement à une question d’argent, mais il en faut quand même. C’est là où malheureusement les choses ne suivent pas. On se demande même parfois si on ne pense pas que les formations sont gratuites, à quelque niveau qu’on se situe ! Certaines institutions comme la notre, avaient même pensé et retenu comme objectif, un certain niveau d’autofinancement grâce à des prestations de services à facturer. Les résultats ne sont pas négligeables mais est-ce là le rôle d’une Institution de chercher à payer elle même, la formation de cadres dont un pays a le plus grand besoin?

 

 

 

Le financement de la formation est du ressort des Etats eux-mêmes s’ils veulent des cadres de haut niveau et des programmes de recherche utiles pour leur communauté.

 

 

 

Des pays envoient des étudiants et pendant toute leur scolarité de 5 ans au moins, ne paient même pas un franc à l’Etablissement. Il forme ainsi leurs cadres, je dirai à crédit, se basant sur la solidarité africaine. Heureusement qu’il y a quelques pays qui paient régulièrement pour leurs ressortissants. Là, c’est une autre histoire.

 

 

 

Suivi de la qualité de la formation

L’amélioration de la qualité de l’enseignement nécessite la mise en place dans chaque pays, d’une structure chargée du suivi et de l’évaluation de la qualité des formations des enseignants du supérieur. Notre structure à l’EISMV est conçue dans un esprit plus de régulation que de sanction ; mais il arrive que des assistants soient sanctionnés négativement par le non renouvellement de leur contrat. La structure est composée de personnes compétentes qui seront chargées de la formation pédagogique des enseignants.

 

 

 

Nous l’avons vu ; cette formation doit tenir compte de la volonté de mettre sur le marché, des docteurs vétérinaires devant exercer dans le privé et d’aider à la résolution par la recherche, un certain nombre de préoccupations. C’est dire que l’EISMV accorde aussi un volet important de la formation à et par la recherche.

 

 

 

Dialogue entre les différents acteurs de l’Institution

L’efficacité et le renforcement de la gestion d’un établissement d’enseignement supérieur passe aussi par la création d’un cadre adéquat permettant un dialogue régulier entre les différents acteurs au sein de l’institution et entre l’établissement d’enseignement supérieur et l’ensemble des partenaires, le tout dans le respect de l’autonomie et de la transparence, chacun sachant, son domaine de compétence dans la gestion de l’établissement.

 

 

 

Nous aurions beaucoup à dire dans les rapports Direction/enseignants, Direction/syndicat, Direction/étudiants, Direction/Etats pour un établissement à caractère inter-états. Au plan régional et sous-régional, la qualité de l’enseignement peut être améliorée en facilitant la création de réseaux régionaux tant pour les activités d’enseignement et de formation, que pour les activités de recherches ou d’expertises.

 

 

 

L’EISMV prend une part active au sein du CAMES qui assure la promotion de ses enseignants. L’EISMV a ouvert en 2001, un DEA (diplôme d’études approfondies) en production animale, grâce à la décision de la Conférence des Recteurs des Universités francophones d’Afrique et de l’Océan Indien (CRUFAOCI), de la choisir comme un centre d’excellence.

 

 

 

Comme nous l’avons perçu, pour faire face aux défis actuels, l’EISMV a entrepris de définir de nouvelles orientations, de revoir le profil du Docteur vétérinaire à former à travers une professionnalisation plus accrue de l’enseignement, une diversification de la formation, et un suivi de l’insertion des diplômés de manière à être en phase avec la nouvelle donne de l’emploi et du contexte socio-économique difficile.

 

 

 

Pour réaliser son ambition, l’Ecole s’est dotée d’outils parmi lesquels, on peut citer:

·        l’équipement et le renforcement des capacités fonctionnelles des laboratoires,

·        la création d’une commission interne de formation, de suivi et d’évaluation pédagogique des enseignants dont la promotion se fait dans le cadre du Conseil Africain et Malgache de l’Enseignement (CAMES),

·        la création d’un Bureau d’Etudes destiné à la réalisation des prestations de services, pour garantir les apports pédagogiques indispensables à la professionnalisation de la formation ;

·        le développement d’une collaboration étroite avec les partenaires au développement, les institutions internationales et les organisations régionales et sous-régionales africaines notamment, la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel (CILSS), l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) ;

·        le développement d’un partenariat et d’une coopération inter-universitaire avec certaines institutions du Nord, notamment en France, en Belgique, en Italie, au Canada, mais aussi avec des institutions du Sud particulièrement avec la Tunisie, le Maroc, le Burkina Faso, le Mali, le Bénin, etc. dans le but d’utiliser les compétences africaines ou d’ailleurs et avec la volonté de ne pas s’enfermer dans un isolement scientifique et technique.

 

 

 

Conclusion

Le processus en cours à l’EISMV avec l’aide des Etats membres et des partenaires au développement, a permis de créer au sein de l’établissement une paix sociale, et avec l’extérieur un rayonnement quant à la capacité de l’institution à donner une formation de qualité et à mener des expertises ou des actions de recherches pertinentes pour le développement des ressources animales, pour la lutte contre la désertification, pour la lutte contre la pauvreté rurale et pour la sécurité alimentaire. L’effectif des étudiants est en hausse depuis 1999.

 

 

 

L’ouverture vers le milieu professionnel, les entreprises de l’élevage et agro-alimentaires, les éleveurs et les responsables de la vulgarisation nous permettront de mieux cadrer les programmes dispensés avec les besoins réels de l’environnement socio-économique.

 

 

 

Toutefois, la situation financière encourageante reste cependant très fragile et ne pourra se consolider de manière durable, que si les Etats assument leur responsabilité en investissant dans la formation de leurs cadres vétérinaires: leur seul devoir étant de s’acquitter de leur contribution de solidarité et des frais de scolarité de leurs étudiants respectifs. Comme nous aimons à le dire, aucune formation n’est gratuite. Un concept d’autofinancement ne peut être envisagé dans une Institution de formation de hauts cadres comme l’EISMV.

 

 

 

Je vais terminer en citant Edgard Pisani dans «Une certaine idée du monde, l’utopie comme méthode», éditions du Seuil en avril 2001: «En matière d’éducation, l’Afrique régresse par rapport au niveau qu’elle avait courageusement atteint au lendemain des indépendances. Ainsi la question se pose de la pertinence des objectifs définis et des moyens mis en œuvre. Quelques notes permettront de mieux comprendre l’immense problème dont il s’agit. Mais comment l’aborder sans mettre en lumière que l’éducation ne doit plus être considérée comme elle le fut au lendemain des indépendances? Elle n’est plus seulement une revanche contre la subordination coloniale, elle est la condition de l’accès au développement et à la participation future à la prospérité internationale ; elle est la condition à l’accès à la démocratie et à la prise en main des pays par eux-mêmes.»

 

 

 

Tout un défi pour ne pas dire une révolution dans beaucoup de domaines y compris dans le partenariat ou l’aide avec l’Afrique. Il faudra bien plus que quelques notes.

Publié dans EISMV - Dakar

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