Grippe aviaire: les insuffisances du plan de lutte

Publié le par Jean Marc

Grippe aviaire: les insuffisances du plan de lutte


Click to jump to 'Mutations'YAOUNDE - 20 FEV. 2006
© Xavier Luc Deutchoua, Mutations

Reportage dans les fermes. Absence de laboratoires spécialisés. Quelques mesures préventives...
 
Psychose: Le Cameroun a la chair de poule

Etat de siège contre la grippe aviaire, mais timide campagne médiatique.
Depuis le 08 février dernier, le Cameroun est devenu un pays à fort risque pour la grippe aviaire, puisque cette pathologie des volailles, qui faisait fureur depuis de longs mois déjà en Europe et en Asie, a été détectée dans une ferme du village Jaji au nord du Nigeria.


La détection du virus de cette maladie (H5N1), qui est très mortelle autant pour les oiseaux que pour les humains, a créé une espèce de panique dans le proche voisinage du Nigeria.

Au Niger, pays qui partage une frontière longue de 1.500 kilomètres avec le Nigeria, une vaste campagne de sensibilisation des populations a été lancée. Des patrouilles mixtes ont été déployées le long de cette frontière pour éviter l'importation des volailles et des produits dérivés en provenance du Nigeria. L'embargo sur les poulets nigérians a été décrété dans de nombreux autres pays tels l'Afrique du Sud, le Tchad… Face à quelques indices laissant croire que l'épizootie avait déjà franchi la frontière, les autorités nigériennes ont d'ailleurs sollicité des experts de l'Agence des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture afin de monter un plan d'urgence.
Qu'a fait le Cameroun, pays qui partage une frontière tout aussi longue avec le Nigeria dans le même temps ? Pourquoi toute cette panique autour de la grippe aviaire ? Dans le présent dossier, Mutations fait le point de la situation.

Hier, le Sras, la vache folle, le chikungunia, le tsunami, les cyclones, les inondations, les criquets pèlerins, les oiseaux migrateurs, les crashs d'avion… Et maintenant la grippe aviaire. Partie, semble t-il, de l'Asie, l'épizootie affole le monde entier, y compris les pays développés où on ne badine pas avec les questions de santé publique. L'Afrique, jusqu'ici empêtrée dans une lutte sans merci et, pour l'instant, sans issue contre le sida, n'est pas épargnée par ce virus de la grippe aviaire qui se répand à grande vitesse et qui, a déjà provoqué la perte d'au moins 95 vies humaines, de 10 milliards d'Euros et de 200 millions de poulets.

Le Cameroun a échappé à la plupart de ces calamités. Mais il a lui aussi perdu sa sérénité depuis douze jours. Le déclenchement de la maladie au Nigeria le 08 février dernier, expose le pays à un risque certain. Les deux pays partagent 1200 Km de frontière. Dans la partie septentrionale en général, dans la province de l'Extrême-Nord en particulier, les populations des villages riverains se mêlent au quotidien, et entretiennent des relations à la fois familiales et d'affaires, dont un intense trafic d'animaux (bétail, volailles, ânes, chèvres et moutons). Sans parler de la frontière maritime parcourue par de centaines de commerçants, et des barrages de retenue d'eau de Mbakaou (Djérem), de Maga (Noun), ainsi que le Lac Tchad qui sont autant de point d'attraction pour les oiseaux migrateurs, porteurs du virus H5N1.

La nouvelle de la présence du virus aux portes du Cameroun a déclenché une psychose au niveau des pouvoirs publics. Quelques habitants de Yaoundé ont même vu dans les 800 poulets morts dans une ferme à Emana, dans la banlieue de Yaoundé, la preuve de la présence du H5N1 dans nos murs. Dans tous les cas, depuis quelques jours, le poulet sous toutes ses formes, donne la chair de poule à plusieurs Camerounais. Et relance le débat sur le poulet congelé qui, avec la grippe aviaire, constitue une potentielle menace contre la santé.

Le reproche fait à l'importation frauduleuse et massive, enregistrée depuis 1998, d'être la principale cause de la faillite du secteur avicole au Cameroun, n'est pas nouveau. En avril 2004, au cours d'une campagne de sensibilisation, le Service d'appui aux initiatives locales de développement (Saild), une Ong influente, a lancé une autre accusation contre les poulets congelés, qui constituaient aussi une catastrophe pour la santé publique. Les cargaisons expédiées sans état d'âme sur le marché camerounais sont selon le Saild impropres à la consommation en Europe. Le risque est grand, compte tenu de la cupidité de certains importateurs, de voir les poulets infectés arrivé sur le marché camerounais.

H5N1

Les pouvoirs publics semblent avoir pris la mesure de ces risques. Interpellé au premier chef, le ministre de l'Elevage, de Pêches et des Industries animales (Minepia), chargé de veiller sur le parc à volailles du pays, a sonné l'hallali le 14 février dernier. Un état-major de crise est sur pied. Au cours d'une conférence de presse, il a déroulé le plan anti-H5N1 du Cameroun. La surveillance, est renforcée aux frontières, dans les ports et dans les aéroports. Les brigades de surveillance épidémiologique se déploient progressivement dans le pays. L'Unicef et la Fao ont accepté de prêter main forte aux Minepia. La première a promis un don de 50 000 dollars, la seconde a proposé son expertise. Un fonds d'un milliard serait rassemblé à ce jour, et mis à la disposition des délégations provinciales.

Il ne s'agit pas d'une simple stratégie de prévention, mais aussi de lutte. C'est dans le cadre de la lutte que le ministère de la Santé pourrait intervenir. Il a reçu de l'Organisation mondiale de la santé Oms), une provision de Tamiflu, produit du laboratoire Roche, le seul médicament dont l'efficacité contre le H5N1 est avérée.

Que vaut ce plan d'urgence? Les structures de surveillance mise en place sont-elles suffisamment préparées ? Apparemment non: elles font face à ce genre de problème pour la première fois.? De quelle efficacité peuvent être les mesures d'interdiction des importations de la volaille nigériane, quand on sait que la frontière est poreuse et l'administration laxiste et corrompue? Les populations sont-elles suffisamment sensibilisées sur les précautions à prendre? Pas encore: une campagne médiatique digne de ce nom est préférable aux propos mielleux des ministres qui, bien souvent, ne rassurent que l'instant d'un point de presse. Deux semaines après l'alerte à nos frontières, les éleveurs, les vendeurs de poulets, les ménagères, bref toute la chaîne qui part de la ferme à la table n'en sait toujours pas grand-chose sur les méthodes de prévention. Quid, par exemple, des risques de contamination de l'animal à l'homme? Le virus H5N1 est-il transmissible de l'homme à l'homme? Quelles dispositions prendre dans les villages quand on sait que le poulet élevé à l'ancienne constitue la principale source de protéine animale à la campagne? Quels sont les signes par lesquels on reconnaît un oiseau attaqué par le virus? Quelles précautions prendre au niveau de la cuisson?

Ces questions, et bien d'autres pourraient trouver réponse dans une campagne de sensibilisation agressive. Dans un passé aujourd'hui oublié, à l'occasion d'une épizootie de choléra, on se rappelle que les pouvoirs publics mirent en marche tous ce que le pays pouvait compter de grosses artillerie médiatique: panneau, affiche, spot radio… Les résultats obtenus à l'époque furent spectaculaires. Avec les moyens démultipliés de sensibilisation disponible à l'heure actuelle, on se contente d'une timide conférence de presse. En attendant un prochain séminaire ou un colloque…


Maurice Makek:
Détruire le poulet contaminé sur le champ


Le président de l'Ordre national des vétérinaires évoque les mesures
préventives et urgentes à prendre en cas de contamination.


Propos recueillis par Dominique Bela

Quelle est la position de l'ordre des vétérinaires sur l'épizootie de grippe aviaire qui menace actuellement le Cameroun?
Il faut dire que l'Ordre prend très au sérieux cette menace. De concert avec notre tutelle, le Minepia, nous sommes sur le pied de guerre pour empêcher l'intrusion de cette terrible maladie sur notre territoire. L'Afrique est déjà touchée par l'intermédiaire de notre voisin, le Nigeria. La maladie est donc à nos portes. Compte tenu de la longueur de la frontière qui sépare nos deux pays et de leurs échanges nombreux, pour nous, c'est un grand sujet de préoccupation.

Comment évaluez-vous l'opérationnalité des mesures préventives prises par le gouvernement? A votre avis, les mesures de prévention sont elles efficaces?
Il faut savoir que les mesures préventives actuelles ont été édictées par notre ministère de tutelle. Il y a eu principalement des mesures de fermeture de frontière pour toutes les volailles venant des pays à risques. Notamment le Nigeria. A cela il faut ajouter l'interdiction d'importation de volailles de tous les pays. Il a été également engagé des séances de sensibilisation à l'endroit des éleveurs sur les dangers de cette maladie. L'indication principale est la très forte et subite mortalité.

Quels sont vos besoins les plus urgents?
Pour le moment, les besoins sont surtout d'encadrement humain. Les vétérinaires, les infirmiers doivent être prêts à la bataille compte tenu de ce qu'il n y a pas de traitement de la grippe aviaire. Au cas où la maladie pénètre le Cameroun, on doit prendre des mesures de confinement, d'isolation des élevages. Ensuite on doit avertir les éleveurs et les abatteurs de ne pas se mettre en contact avec la volaille contaminée Toute la volaille contaminée doit être abattue. Un acte officiel doit être pris par les autorités pour déclarer la présence maladie. Les marchés doivent être fermés si possibles.

Quelles seraient les conséquences de cette maladie pour notre pays?
Les conséquences seraient catastrophiques sur le plan économique. Surtout sur le plan de la mortalité des volailles. Si les mesures d'isolement ne sont pas efficaces, la maladie peut se répandre dans tout le pays cela peut entraîner l'extinction de notre aviculture. A mon avis pour que notre plan de lutte soit efficace, les mesures prises doivent s'accompagner d'indemnisations pour les élevages victimes de la maladie. Il faudrait prévoir un fonds. Cela a été déjà fait en Afrique de l'Ouest mais pas encore en Afrique centrale.

La plupart des élevages de notre pays fonctionne dans la clandestinité, n'est-ce pas préjudiciable pour toute campagne prévention?
C'est vrai, je vais vous dire que même les éleveurs les plus importants se passent de l'encadrement formel des techniciens compétents. C'est notre première faiblesse. Pourtant ils ne sont pas bien formés pour connaître telle ou telle maladie. Généralement ce qui se passe dés qu'il y a une maladie qui arrive dans une ferme, l'éleveur se met à l'auto médication. Il va tout de suite, dans le premier dépôt de médicaments pour acheter ci, acheter ça. Et plus grave, aujourd'hui les élevages ne sont plus tout à fait contrôlés comme à l'époque.
La réglementation qui existe en matière de création d'élevage précise qu'avant de créer un élevage, le fermier formule une demande d'autorisation à l'attention de l'autorité sanitaire, vétérinaire compétent de sa localité qui à son tour mène une enquête pour savoir si le site est approprié, s'assurer des commodités techniques sur le plan des bâtiments et des approvisionnements en nourriture. Après cette étape, à la fin de laquelle le demandeur obtient une autorisation, il peut commencer la construction de son élevage pour fonctionner. Une fois la construction terminée, le fermier requiert une seconde autorisation cette fois pour exercer. Toutes choses qui ne sont plus respectées aujourd'hui. A mon avis, ce qui n'est pas clair dans cette réglementation est que les textes disent que l'encadrement des éleveurs doit être fait par les services extérieurs du Minepia. Les privés ne sont pas associés. Il est prévu qu'un mandat sanitaire soit accordé aux privés pour renforcer le travail des autorités sanitaires.

On constate cependant que le ministère de la Santé a pris les devants de la lutte, au détriment du Minepia, et des vétérinaires est ce normal?
Je ne peux pas affirmer que les vétérinaires sont écartés. Ils ne peuvent pas l'être de toutes les façons. Puisque pour le moment, la maladie telle qu'elle s'exprime est une maladie animale. C'est la grippe aviaire, c'est-à-dire la grippe des oiseaux. Evidemment, il y a des éventualités de contamination humaines mais elles sont pour le moment faibles. Si vous prenez des statistiques au plan mondial, il y a à l'heure actuelle moins de 100 morts contaminés en Asie sur des millions et des millions de volailles qui ont été sacrifiées à la suite de cette maladie. Je crois que c'est un problème de collaboration qu'il y a entre les autorités des services vétérinaires et les autorités des services de la santé humaine.

Est ce que l'Ordre a été associé dans l'élaboration du plan de lutte?
Le ministère de la Santé ne traite pas directement avec l'ordre des vétérinaires. Il traite avec son collègue de l'élevage. Notre ministère de tutelle nous a associé à la bataille et pendant notre assemblée générale, le ministre de l'Elevage nous a invité à faire des propositions tendant à renforcer des mesures préventives déjà prises par le gouvernement et de travailler avec la cellule technique mise en place relative à ce sujet.

De nombreux dérapages ont cependant été constatés dans l'élaboration du plan de lutte contre la grippe aviaire au Cameroun, quel est votre commentaire à ce propos?
Je crois que chacun doit rester dans son rôle. Pour le moment, la grippe reste une maladie animale. Evidemment, tout le monde craint que cela devienne une maladie humaine avec une contagion d'homme à homme. Ce qui pour le moment semble être dérapage de certains, c'est quand ils parlent d'une maladie animale dont ils ne maîtrisent pas les contours. Je veux dire que les médecins n'ont rien à dire s'agissant des mesures à prendre dans les élevages. Ce n'est pas leur rôle. C'est une affaire de vétérinaires.

Un mot sur la cacophonie observé au niveau des différents ministères en charge de la lutte?
Ne me faites pas dire qu'il y a cacophonie. Je dis qu'il y a un comité qui a pour objet de mettre en place un plan de lutte contre cette maladie qui comprend les ministères de la Santé, de l'Elevage, de l'Environnement, de la Recherche. Je ne sais pas si j'en ai oublié. Maintenant, s'il semble y avoir cacophonie, c'est peut être l'affaire des individus. Mais sur le plan des structures mis en place, ce n'est pas le cas.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis des pouvoirs publics?
Je crois que les pouvoirs publics doivent mettre en place un plan stratégique de lutte, ce que je crois, est en train d'être fait.

Doit on continuer à consommer le poulet produit localement?
L'épizootie de grippe aviaire n'est pas encore signalée dans notre pays. Mais même si tel était le cas, les animaux non atteints, non contaminés peuvent être consommés. Et je dois dire que les poulets bien cuits, même contaminés ne posent pas de problème. Par contre, le poulet atteint de grippe aviaire doit être abattu et détruit sur le champ.

Peut on dire qu'il n y a pas de grippe aviaire au Cameroun?
Je n'affirme pas qu'il n y a pas de grippe aviaire au Cameroun. Mais aucun cas à l'heure actuelle n'a été signalé.


Retrouvez le dossier complet sur: QuotidienMutations.Net

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Dr Papa Ibrahima DIA 17/11/2006 13:22

Je profitede la lecture de votre article pour vous demander les coordonnées du Dr maurice MAKEK, promotionnaire à Dakar, que je souhaiterais recontacter. Merci.
P.IDIA
Tel: (221)633 63 53
Fax: (221)991 20 90
E-mail: anachor2001@yahoo.fr

Jean Marc 03/05/2007 22:27

Je me ferais le plaisir de vous contacter pour cela docteur
Jean marc