Fermes : Le scepticisme est de mise au Cameroun

Publié le par Jean Marc

Fermes : Le scepticisme est de mise au Cameroun

La plupart des propriétaires privilégient le confinement pour mettre leur volaille à l'abri.
Dorine Ekwè

Quartier Mbog-Abang à Yaoundé, il est 8h ce samedi 18 février 2005. Comme tous les matins depuis 3 ans, Thomas Edzoa fait la ronde de sa ferme contiguë à son domicile. Comme à l'accoutumée aussi, il est vêtu de sa vielle blouse verte, de bottes usées et un cache-nez qui tient à peine. La ferme, construite juste face à l'entrée de la maison principale, se compose de deux blocs en planches avec des grillages au dessus, ne paie pas de mine. A certains endroits, le grillage a été remplacé par des morceaux de sacs de jute et d'épaisses toiles d'araignées sont visibles. Les mangeoires en bois sont négligemment déposées à l'extérieur, tandis que des plumes de poulets et la poussière se perdent de temps à autre sur les vêtements des visiteurs à chaque mouvement dans le poulailler. Ici, l'odeur du poulet est presque insupportable.

Thomas Edzoa ne s'en soucie pas. Ce fermier d'environ 50 ans pense être à l'abri de l'épidémie de grippe aviaire que l'on annonce à nos portes, du côté du Nigeria. Avant de pénétrer dans son poulailler où s'agitent une centaine de poulets, il s'administre un pédiluve, bain de pieds avec une forte dose de désinfectant. "Ce sont, dit-il, les précautions élémentaires à prendre lorsque l'on gère une ferme. Vous voyez, je ne peux vous laisser entrer parce que vous n'avez pas de bottes, vous n'avez pas fait un pédiluve. Vous avez marché partout et je ne sais pas quels germes vous avez sur vos chaussures ou vos mains. Ces précautions, je les prends non pas parce qu'on dit que la grippe aviaire est à nos portes. C'est juste parce que c'est comme cela que cela doit se passer. Cette maladie concerne les animaux qui sont à l'air libre."

Ici, comme dans plusieurs fermes de la capitale camerounaise, Yaoundé, aucune mesure "particulière " n'a été prise pour une éventuelle prévention de la grippe aviaire. A la rigueur, chacun veille à ce que ses animaux n'errent pas. "Le plus important est que le gouvernement mette sur pied une politique qui interdit aux populations de laisser leur volaille se balader. La seule solution est le confinement des volatiles qui n'auront donc pas de contact avec les oiseaux migrateurs", explique Paul Noumabeu, propriétaire d'une ferme au quartier Mendong, alors qu'il nettoie des mangeoires dans le bac à lessive familial. Pour ce fermier en effet, les conditions d'hygiène sont restées les mêmes: le nettoyage à l'aide de désinfectants chimiques, la vaccination de tous les poulets contre les maladies courantes, la mise en quarantaine des nouveaux venus pendant au moins 5 jours et l'achat des poulets chez des personnes sûres.

De son côté, Paul Nodem, dont la ferme est située à quelques mètres du complexe avicole de Mvog-Betsi à Yaoundé, affirme: "l'agitation que l'on connaît actuellement autour de la grippe aviaire doit nous emmener à réfléchir sur nos conditions d'élevage. Nous sommes livrés à nous-mêmes. Le ministère de l'élevage n'a même pas encore recensé les fermes qui existent ici à Yaoundé. Comment veulent-ils lutter contre cette maladie dans ce cas? Pour le moment, ils se contentent juste de parler à la télé mais nous, fermiers, ne voyons aucune mesure concrète qui ait été prise pour nous aider à lutter contre ce fléau au cas où il nous atteindrait." Tout en parlant, il essaie de chasser une poule et ses poussins. Assoiffés et affamés, les bêtes s'abreuvent goulûment dans une mare d'eau, et picorent tout près d'un puits voisin. "Voilà les vrais risques", dit-il en chassant les volailles qui s'enfuient.

Une opinion que partage Christian Ngandjong, propriétaire de la ferme " mère poule ", qui compte environ 2000 poulets de chair. Désignant les canards qui se baladent en toute liberté non loin des bureaux du Syndicat des professionnels avicoles à Mvog-Betsi où se tient une Assemblée générale du syndicat, il précise: "Ma ferme n'est pas en contact avec les gens. Mon plus proche voisin est à 500m et, je pense que le plus important est d'éviter que la volaille erre comme ces canards. Mes poulets sont dans leur poulailler. Il y a moins de risques. Nous les fermiers, nous craignons seulement parce que si nos poulets sont attaqués, on perd tout ce que nous avons investit. C'est pour cela que nous sommes le plus en avant mais, le vrai problème, ce sont les gens qui gardent les poules dans leur cuisine la nuit et les libère le matin".

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