Au-delà de la grippe

Publié le par Jean Marc

Au-delà de la grippe
La psychose alimentée par la présence du virus responsable de la grippe aviaire (H5n1) aux portes du pays, notamment au Nigeria, a certainement contribué à la baisse de la consommation du poulet au Cameroun ces dernières semaines.
B. R. M.

Mais, l'on ne saurait circonscrire l'absence de cette viande à la table des Camerounais à la conjoncture internationale autour du poulet. Car, cette posture des consommateurs tient également des prix jugés prohibitifs de cette volaille sur le marché, que les acteurs de la filière, de leur côté, imputent à certains paramètres liés à leur activité. Aussi, les aviculteurs n'ont-ils jamais eu de cesse de justifier les prix de revient de leurs produits par la cherté du maïs, qui constitue près de 60% de la provende, l'aliment principal des volailles.

A titre d'exemple, explique Bobo Oumarou, chargé des approvisionnements au Complexe avicole de Mvog-Betsi (Cam), à Yaoundé, le kilogramme de cette céréale revient, de nos jours, entre 170 et 210 Fcfa, selon que l'on est en période de récolte ou non. Ce responsable du Cam estime ainsi que par rapport à l'année dernière, le maïs a connu une hausse de l'ordre de 70 Fcfa par kilogramme. "C'est la plus grosse hausse sur ces dix dernières années", affirme Bobo Oumarou. Cette situation implique des dépenses supplémentaires pour les fermiers et autres accouveurs tels que le Complexe avicole de Mvog-betsi, dont la consommation de maïs sur l'année est estimée à près de 5.000 tonnes.

Devant la conjoncture ainsi imposée par le maïs, les opérateurs de la filière avicole adoptent diverses attitudes : les vendeurs de provende augmentent le prix du sac de 50 Kg de provende (actuellement vendu à 14.000 Fcfa au lieu de 12.800 Fcfa il y a quelques années); tandis que les fermiers, eux, optent souvent pour une baisse de la production. Quelques soient le cas, ce comportement somme toute légitime des aviculteurs, a pour conséquence l'augmentation du prix du poulet sur le marché. Et la baisse de son taux de consommation, eu égard à la faiblesse du pouvoir d'achat des Camerounais.
A la vérité donc, rien n'indique qu'en l'absence de la psychose provoquée par la présence de la grippe aviaire au Nigeria, le taux de consommation du poulet sur pied se serait amélioré au Cameroun ces jours-ci. De ce fait, une véritable démocratisation du poulet, en l'absence des congelés fortement combattus depuis quelques temps, passe, selon les aviculteurs, par un développement de la filière maïs, tel que le projette actuellement le ministère de l'Agriculture, d'une part; et par une exonération de taxe sur les produits de l'Elevage, d'autre part. Une dernière solution à laquelle les pouvoirs publics camerounais sont de plus en plus réfractaires.

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