La Grippe Aviaire au Cameroun

Publié le par Jean Marc

Grippe aviaire : Le Cameroun contaminé



La nouvelle est tombée comme un couperet. Samedi dernier, en effet, le gouvernement camerounais a rendu officielle la présence du virus H5N1 de la grippe aviaire dans la province de l'Extrême Nord. Dans un communiqué, il a en effet annoncé que: "les résultats d'analyse de prélèvements effectués, à sa demande, par l'Institut Pasteur de Paris sur quelques volailles de la ville de Maroua, chef lieu de la province de l'Extrême Nord ont révélé, dans un cas, ce jour, 11 mars 2006, la présence du virus H5N1 de la grippe aviaire dans la zone considérée". Après le Nigeria, l'Egypte et le Niger, le Cameroun devient de ce fait le quatrième pays africain où ce virus a été décelé chez des volatiles.

Un autre communiqué signé par le ministre de l'Elevage, des Pêches et des Industries animales, Aboubakary Sarki, le ministre de la Communication, Pierre Moukoko Mbonjo et le Secrétaire général du ministère de la santé annonce par ailleurs que la brigade nationale d'intervention mise sur pied pour prévenir de cette épizootie de la grippe aviaire a été mise en route vers les provinces du Nord, de l'Extrême Nord et de l'Adamaoua. Ceci, pour porter les premiers moyens d'intervention et d'assistance et appuyer l'effort local dans l'observation des mesures préventives destinées à éviter la propagation de la maladie et la contamination humaine.

De même, le gouvernement camerounais appelle la population à respecter l'interdiction des importations de volailles de pays touchés par la forme la plus pathogène de la grippe aviaire, le H5N1. Il lui demande également de signaler aux vétérinaires tout cas de mortalité suspecte de volailles. Sans plus de précisions, les autorités promettent enfin aux professionnels de la filière aviaire de les aider à faire face à ces difficultés. Malgré toutes ces dispositions qui avaient déjà été annoncées au lendemain de la contamination des volatiles au Nigeria, les éleveurs restent inquiets. Ce d’autant plus que, sur les ondes de la Crtv-Radio, le ministre de l’Elevage a appelé les éleveurs à abattre les volailles et admis qu’il n’y a pas de vaccins au Cameroun. La contribution de la communauté internationale est alors attendue.

Si la nouvelle secoue plus d'un consommateur de poulet camerounais, à qui il est désormais recommandé de ne manger que de la viande de volaille et de porc cuite à plus de 100°C, elle n'est pas vraiment étonnante. Dans notre édition N°1600 du 25 février dernier, notre envoyé spécial à Amchidé annonçait déjà, la facilité avec laquelle les poulets nigérians se vendaient dans cette localité du Mayo-Sava, dans la province de l'Extrême Nord.
Au poste de douanes de Banki, le côté nigérian de la frontière avec Amchidé au Cameroun, les responsables confirmaient l’interdiction de la vente de la volaille sur l’ensemble du territoire du "Borno State". Selon notre reporter, le brigadier en faction ce jour-là, affirmait que: "depuis que la grippe aviaire sévit au Nigeria, les autorités fédérales et fédérées du Nigeria ont interdit la vente du poulet sur tous les marchés. La douane du Borno applique ces prescriptions à la lettre, même comme vous savez qu’il est difficile de mettre au pas tout le monde." Cependant, parmi les populations, si on a noté un certain recul de la consommation de poulet, ce n'était guère à cause d'une éventuelle présence du virus du H5N1, mais plutôt de crainte des représailles des forces de l'ordre. Une situation plutôt inquiétante quand on sait que la plupart des consommateurs sont sceptiques face à cette épizootie et continuent de consommer des volailles douteuses.

Maroua : Etat de siège


Les autorités de la ville essaient de rassurer les populations.
Lazare Etoga (Correspondance particulière)


Alors que, sur les ondes de la Crtv-Radio, le ministre de l'Elevage, des Pêches et des industries animales, Aboubakary Sarki, resituait le contexte de la découverte du virus H5N1 de la grippe aviaire au Cameroun, le sujet était de toutes les conversations dans cette ville. Ville où, selon le ministre de l'Elevage, c’est au cours de la période du 14 au 21 février dernier où on a relevé des morts suspectes de volailles dans trois élevages de canard à Maroua. Les prélèvements faits sur ces animaux ont ensuite été envoyés au laboratoire national vétérinaire de Garoua qui, à son tour, les a transmis au Centre pasteur de Yaoundé. celui-ci identifie la forme H5 du virus mais attend la confirmation du centre Pasteur de Paris. Ce qui sera fait et officialisé samedi 11 mars 2006.

Dans la ville, on s'interroge. Hier dimanche, jour du Seigneur, la grippe aviaire a ravi la vedette aux textes bibliques dans les chapelles, cathédrales et temples de la ville de Maroua. A la paroisse de Founangué, l’officiant du jour a axé son homélie sur les attitudes à adopter face à cette épizootie. Il a notamment recommandé aux fidèles de ne plus consommer ni poulets, ni oeufs, ni porcs. Tout comme il leur a formellement interdit d’apporter ces produits comme offrande à l’autel. Par ailleurs, il a été signalé que certains éleveurs, à l’annonce de la nouvelle, ont procédé à des abattages spontanés de volaille dans certains quartiers de la ville comme Kakataré et à Doualaré. C’est la panique et l’inquiétude non seulement au sein de la population, mais aussi et surtout chez les acteurs de la filière avicole qui ne savent pas de quoi demain sera fait.

Vendredi dernier, le préfet du département du Diamaré, sur la base de "fortes suspicions de la présence du virus H5N1 à Maroua" a pris un arrêté préfectoral fermant les marchés de volaille et de porcs et interdisant l’entrée et la sortie de ces bêtes et de leurs sous-produits dans la ville de Maroua. Un arrêté resté sans effet. Au marché de poulets de Maroua, où a été découvert le canard contaminé en effet, quelques commerçants continuaient sereinement à vendre la volaille jusqu’à hier après-midi. Ils sont là, disent-ils pour écouler les stocks de poulets acquis avant l’arrêté préfectoral. Par ailleurs, ils s’interrogent sur la mise en oeuvre des mesures d’accompagnement annoncées par le gouvernement, en cas de présence du virus H5N1 sur le territoire national.

Il y a une semaine, des individus non identifiés avaient déversé nuitamment une cargaison d’environ un millier de poussins d’un jour morts, non loin de la préfecture de Maroua. Une cargaison incinérée après que des prélèvements aient été effectués et acheminés au laboratoire national vétérinaire de Boklé à Garoua. Principal point de convergence des 2 millions de poulets élevés par an dans la province et située à seulement 90km de la frontière avec le Nigeria, la ville de Maroua était particulièrement exposée à la menace de la grippe aviaire, d’où la succession des missions interministérielles pour préparer la riposte. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, le prix de la viande de boeuf a connu un bond immédiat, passant de 1100 Fcfa le kg avec os à 1400 Fcfa.

Bien qu’officiellement déclaré en 2003 à Hong Kong, c’est en 1997 que le retour de la grippe aviaire a eu lieu dans la même région. Une souche H5N1 provoque une affection respiratoire sévère chez 18 personnes et la mort de six d'entre elles. Provoquée par des virus grippaux de type A, et en particulier les sous-types H5, H7 et H9, cette grippe peut toucher presque toutes les espèces d'oiseaux, sauvages ou domestiques. Elle est généralement asymptomatique chez les oiseaux sauvages, mais peut devenir fortement contagieuse et entraîner une mortalité extrêmement élevée dans les élevages industriels de poulets et de dindes, d'où le nom de peste aviaire.

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Krabi 13/03/2006 21:32

La grippe aviaire cotée en bourse : http://www.lesmotsdelinfo.com/word.php?word=Grippe%20aviaire